A la recherche d'un mouvement pictural
a georges Koutsandréou 1990 auras des plumes : (poussières d 'acrylque)
Dès sa sortie des Beaux-arts de Paris dans les années 70 où il avait été élève de l’atelier Yankel, Georges Koutsandréou rêvait de faire partie d’un prestigieux mouvement en peinture comme ceux qui étaient entrés dans l’Histoire.
Ayant été élève libre aux Beaux-arts de Montpellier pendant un an, il a très tôt entendu parler de Supports-Surfaces puisque son professeur était Georges Dezeuze le père de Daniel Dezeuze l’un des fondateurs du groupe Supports Surfaces. Pourtant aux antipodes des recherches conceptuelles de son fils, ce professeur a su prodiguer de précieux conseils à Georges Koutsandréou lui permettant d’acquérir une connaissance très fine des matériaux et des techniques utilisés par les peintres classiques.
Filtrée par l’esprit inventif de Georges, cette passion pour les matériaux de la peinture lui a donné envie d’expérimenter des techniques jusqu’à la création de
matériaux tout à fait personnels.
Si dans les années 70, Georges Koutsandréou a cherché à participer à des regroupements d’artistes, il a découvert très vite qu’un groupe ne suffisait pas à faire un
mouvement et que le nombre importait moins que la pertinence des revendications. En 1974, sa rencontre avec le peintre Jacques Perroud qu’il a fréquenté assidûment jusqu’en
1983, lui a fait prendre conscience des concepts en peinture. Pendant près de dix ans, ils ont mené ensemble une réflexion approfondie sur l’histoire de la peinture et ses possibles
développements ultérieurs. Pourtant, étant encore trop influencés par la peinture minimaliste américaine, ni l’un ni l’autre ne se sentaient tout à fait prêts à initier la
création d’un mouvement.
Á partir de 1984, Georges Koutsandréou a fréquenté la galerie Fournier qui lui a acheté des œuvres à plusieurs reprises. Jean Fournier s’est montré très intéressé par ses travaux avec
les plumes en phase avec les concepts de Supports-Surfaces ou chaque plume collée représentait une touche de peinture. Des amateurs d’art se disaient prêts à acquérir ses
travaux lorsque ceux-ci se trouveraient dans un musée.
Jean Fournier en proposé une peinture de plumes à un acheteur d’état car depuis 1981, l’art officiel avait tendance à coller plus aux préoccupations politiques qu’artistiques. Une tendance voulant rompre avec une peinture « élitiste parce que compliquée » se faisait sentir et cherchait à promouvoir une peinture plus populaire. Nous étions au début de la figuration libre. Elle n’était pas exempte de concepts mais il est évident que Robert Combas devait moins sa notoriété aux concepts de ce mouvement qu’au fait que sa peinture évoquait la BD , art jugé plus accessible au peuple. Jean Fournier n’a donc pas pu vendre cette peinture au représentant de la Délégation des arts plastiques qui a osé dire que « Georges Koutsandréou ferait mieux de peindre avec des pinceaux » ! En achetant des oeuvres aux galeries, les représentants de l’état ont progressivement imposé leurs diktats et ainsi perverti le marché de l’art.
Les peintres les plus inventifs en ont été les premières victimes. Le feeling de grands galeristes voulant donner une chance à un artiste auquel ils croyaient n’y suffisait
plus. Il fallait avant tout s’adapter à la volonté politique du moment.
En 1990, Georges Koutsandréou a vendu une peinture de la série « auras de plumes » faites avec des poussières de peinture à Jean Fournier qui lui dit
« Nous y arriverons », mais pour un ensemble de raisons, il devenait évident que le galeriste avait renoncé à tenter de le lancer. Ce fut pour lui
une grande déception car il avait fermement cru en Jean Fournier dont il avait pu au cours de ces nombreux échanges apprécier la pertinence, la rigueur conceptuelle et la précision de
ses connaissances sur la peinture contemporaine
Toujours plus loin , mais à deux
Martina Charbonnel 1995 reflétisme : retraite aux flambeaux 110x110 huile sur toile
Lorsqu’une personne cherche toujours plus loin, certaines déceptions sont salutaires. Á partir de ce moment, nous avons mis en commun nos réflexions. Depuis 1984, année de notre rencontre, Martina Charbonnel s’ést initiée à la peinture conceptuelle. Depuis, nos évolutions picturales ont été parallèles découlant d’une réflexion commune. Georges se demandait si ses travaux dans l’esprit de supports-surfaces n’avaient pas été un peu tardifs, une fois passées les années 70. Nous en arrivions à la question de savoir si la peinture abstraite pouvait encore dire quelque chose de nouveau. D’ailleurs, si à la suite de la peinture minimaliste américaine on pouvait noter quelques apports intéressants, avait-on trouvé quelque chose de plus essentiel que les travaux de Barnett Newman ?
Ce sont sans doute des questions assez proches de celles-ci que se sont posé les artistes et les historiens avant de conclure un peu hâtivement dans les années 90 que la
peinture était morte.
Si nous nous sommes posé les mêmes questions, nous ne sommes pas arrivés aux mêmes conclusions puisque pour nous, l’abandon de la peinture abstraite ne signifiait pas qu’il
fallait renoncer à la peinture, en finir avec l’histoire pour chercher le salut dans les nouvelles technologies. Cela signifiait simplement qu’il fallait explorer d’autres pistes à
l’intérieur du retour à la figuration.
Il fallait être vigilant car la figuration ne devait pas nous servir de prétexte à revenir à une peinture figurative sous une forme déjà inventée dans l’histoire de la
peinture. D’ailleurs « figuration » n’est pas tout à fait synonyme de « figuratif ». Dans le figuratif, le personnage ou les motifs sont le centre d’intérêt
du tableau. Dans la figuration, le personnage n’occupe qu’un rôle secondaire par rapport à la conception d’ensemble du tableau.Il nous a semblé que le détour par la peinture minimaliste devait
apporter un nouvel élan à la figuration.
Dès 1992, nous avons cherché dans ce sens et en 1994 nous avons ouvert à Bordeaux, la galerie Lézard dans le but de faire la promotion de la figuration conceptuelle. Malheureusement
les artistes allant dans ce sens se faisaient rares. Lorsque parfois nous parvenions à isoler dans certaines peintures l’ébauche d’ une démarche conceptuelle à développer , pour
les artistes, nous constations qu’elles étaient le plus souvent le fruit du hasard. Or, une peinture ne peut être conceptuelle que si elle est revendiquée comme telle par l’artiste.
En 1995 nous avons commencé à présenter et conceptualiser ce qui aurait pu devenir un mouvement, « le reflétisme « mais nous l’avons assez rapidement abandonné.
Les concepts exposés en même temps que les peintures reprenaient l’une des préoccupations de la peinture minimaliste notamment grâce à la partie supérieure du tableau restée blanche.
« Les sujets passent il ne reste que le reflet ». Il y avait un dialogue entre l’exprimé et le non-exprimé entre apparition et
disparition et bien évidemment entre envers et endroit mais aussi entre verticalité et horizontalité.
Il s’est passé une chose curieuse car si le public était d’abord choqué par la partie de la toile restée blanche, il finissait par l’oublier pour ne retenir que l’image du reflet.
Les gens ne voyaient plus qu’une image à l’envers. Privées des revendications du reflétisme, les peintures leur évoquaient Baselitz, ce qui nous a
découragé de continuer dans cette voie. Á ce moment là, nous avons compris que plus encore pour la figuration que pour l’abstrait, le public avait des difficultés à appréhender
une peinture dans sa totalité tant dans la forme que dans l’esprit. La difficulté de faire admettre un concept au-delà de ce qui est montré sur la toile ne nous a pas empêchés
de continuer des démarches picturales respectives allant dans ce sens mais la paresse intellectuelle de gens avides de saisir immédiatement ce qu’ils voient ne nous semblait pas des plus propices
à créer un mouvement.
Les discours de l’époque sur la peinture évoquaient le coup de cœur, une peinture qui parle ou pas, et selon Richard Leydier dans art press, « une peinture coup de poing
dans la gueule ».Comme si une peinture n’interrogeant que la peinture ne pouvait être sensible !
L’expérience du reflétisme nous avait amenés à comprendre que pour que le concept et l’image soient compris ensemble, il fallait que le concept passe aussi dans
l’invention formelle.
dichotomie 46x60
En 2004 nos démarches picturales respectives s’articulaient autour de la notion de figuration et de passage.
Martina Charbonnel méditait sur les travaux de Barnett Newman non pas encore sur les zips mais sur ces peintures présentées en deux plans amenant le non-lieu entre verticalité et horizontalité. Cette approche implique l’obligation de transcendance. Dans la mesure ou il s’agit d’une peinture minimaliste la toile n’est qu’un fragment d’un espace plus vaste dont il devient essentiel de voir de quelle façon il peut se prolonger par les côtés gauche et droits donc à l’horizontale ou par le haut ou le bas donc de façon verticale.
Cette problématique posée par Barnett Newman pouvait-elle s'appliquer à la figuration ? Martina Charbonnel a tenté de poser des silhouettes à la limite de l'abstraction jonglant avec ces
deux plans et donc avec l'horizontalité et la verticalité. Au-delà de ce passage, certaines parties du
Martina Charbonnel 2004 dichotomie 44x63 acrylique sur toile
corps sont éludées. Existent-elles ? Sont-elles en dessous, au-delà ? Ont-elles été effacées ? Il y avait encore dans cette démarche un dialogue entre l'exprimé et le non
exprimé.
Georges en titrant son papier " du conceptuel naïf ".
g georges Koutsandréou " oiseaux 2004 poussières d'acrylque
Dans le meme temps, Georges Koutsandréou avait imaginé un personnage éclair traversant la toile comme la foudre qui s'abattrait sur le rectangle La technique de poussières de
peinture qu'il jetait sur la toile ( la même que découverte avec les auras de peinture en 1990) renforçait la notion de passage.
Ce passage que nous cherchions à exprimer dans la figuration nous a semblé un concept commun de nature à jeter les bases d'un mouvement. L'un comme l'autre, nous peignions en
deux dimensions avec l'intuition que la troisième était suggérée par le fait que le rectangle n 'était qu'un fragment invitant à prolonger
mentalement le passage des figures humanoïdes hors du champ de vision de la toile.
Ce n'est pas pour autant la peinture qui a entraîné l'élaboration du concept puisque l'idée d'exprimer le passage dans la figuration structurait notre démarche. Le concept et la
peinture ont été élaborés simultanément, l'un anticipant parfois l'autre et vice-versa. Nous avons rédigé les premiers concepts du mouvement le 21 décembre 2004. Nous l'avions appelé
" figuration supra-naïve " en souvenir d'une critique d'art venue voir une exposition de Georges Koutsandréou, dix ans plus tôt à la galerie Lézard. Comme nous avions un peu
trop insisté pour la faire venir, elle n'était pas bien disposée envers nous et a un peu égratigné
Nous n’avions que modérément apprécié mais nous avons anticipé le fait que pour les critiques toute figuration en 2 D évoque la naïveté car avant l’apparition du trompe-l‘œil à la Renaissance, la peinture en 2D était naïve. Dans supra-naïve, il y a « supra » (au dessus de). C’est surtout le « supra » qui était intéressant mais quand les gens sont de mauvaise foi, ils refusent de voir le second degré. Ils ont préféré retenir naïveté. Il eut été peut-être plus exact mais moins explicite d’appeler cette première phase la figuration supra... Mais peu importe car ce mouvement devait connaître d’autres évolutions et changer de nom.
