A PARAITRE EN JANVIER 2011
CONJONTION DANS LA PEINTURE
premier mouvement de la peinture du 21e siècle
" J'ai choisi d'être artiste par goût de l'invention. La peinture s'est très tôt imposée à moi. Quand je suis entré aux Beaux-arts de Paris, au tout début des années 70, tant de choses avaient été dites par les peintres que trouver de nouvelles pistes ou des concepts inédits semblait une gageure. Je n'ai eu de cesse durant toute ma vie de tenter de relever le défi et j'y suis parvenu ".
Cette profession de foi de Georges Koutsandréou devrait être le credo de tout créateur dans n'importe quelle discipline artistique. Nous en sommes malheureusement très loin à une époque où des générations entières d'artistes ont été formées avec le principe selon lequel dans l'art, il n'y aurait plus rien à inventer et qu'il ne pouvait donc pas y avoir de progrès. Pendant longtemps, il a été asséné aux étudiants des Beaux-arts, que la peinture était morte. Pour les plus récalcitrants, il a été ajouté que c'était la fin de l'histoire. Progressivement ces théories fumeuses sont devenues de moins en moins crédibles parce que la peinture a résisté envers et contre tout. Pourtant, l'éclatement des points de repères fait que bien des gens ne savent plus qui fait quoi dans l'art ni pourquoi.
Peu de gens mesurent les implications politiques, sociétales philosophiques et esthétiques de tels préceptes. S'il était
totalement suivi, cet interdit d'inventer frappant en plein cœur de la création artistique serait un arrêt de mort de la civilisation. Lorsqu'il n'y plus de
progrès, vient le temps des régressions avec pour risque, le retour de la barbarie Si la fin de l'histoire devenait une réalité c'est qu'elle serait orchestrée par les
idéologues de l'art et peut-être pas uniquement ceux de l'art. Mais qui sont-ils ?
Toutes les grandes avancées artistiques (notamment dans la peinture qui est la seule discipline des arts plastiques considérée dans ce livre ), ont toujours été impulsées
par les artistes et non par les institutions qui ne peuvent que promouvoir un art pompier. Depuis le début des années 60,
l'art s'est de plus en plus institutionnalisé pour devenir un art officiel avec les mêmes tendances se retrouvant au niveau international. L'initiative de la création n'est plus donnée aux artistes mais leur a été confisquée par les critiques d'art, fonctionnaires des instances culturelles, commissaires d'expositions ou conservateurs de musées. Ces professionnels pourraient être complémentaires aux artistes mais ils ont inversé le processus de création en leur faveur et ce sont à présent les artistes qui deviennent les exécutants de leurs projets. Ces experts se présentent en spécialistes mais de quoi pourraient-ils bien être spécialistes puisqu'il y a encore quelques années ( peut-être est-ce encore le cas ?), l'histoire de l'art enseignée à l'université n'allait pas au delà des années 50. Il est vrai que les connaissances d'un critique d'art s'enrichissent aussi de ce qu'il découvre au cours de sa carrière. Pourtant, enlever l'initiative de l'invention aux artistes que l'on formate sur des principes montés de toute pièce par des gens qui ne sont pas des créateurs, ne peut que promouvoir un art de plagiat. Comment ces gens pourraient-ils reconnaître une création de pointe s'ils n'ont pas les points de repère pour la comprendre ?
Comment ces institutions empêchent-elles les artistes plasticiens de continuer d'inventer ? Si elles ne peuvent pas contrôler tout ce qui se crée dans les
ateliers, elles ont le pouvoir de verrouiller tous les lieux institutionnels, d'accorder des aides aux galeries exposant un art correspondant à leurs principes, d'influencer les
associations de collectionneurs, d'imposer médiatiquement un art faussement subversif ou un art documentaire censé traduire l'actualité de notre époque ou encore un art répétant à l'envi
des formes artistiques des années 60, (installations, body art. etc...) quand il ne s'agit pas tout bonnement d'un remake du mouvement dada ou des
ready-made de Duchamp qui auront cent ans dans moins de dix ans !
Les voix pour dénoncer ces impostures n'ont pas manqué dès le début des années 90. Jean Baudrillard fut peut-être le premier à tirer le signal d'alarme bientôt
relayé par Jean Clair ainsi que d'autres critiques ne se laissant pas abuser par l'art des années 60, relooké au goût des institutions. Mais si le constat de
ces historiens et critiques a pu être pertinent, la faiblesse de leur propos tenait au fait qu'ils n'ont pas souligné l'urgente nécessité d'ouvrir de nouvelles pistes en peinture. N'étant
pas des peintres, ils n'échappaient pas au fait de ne pas bien voir ce qu'il était encore possible d'y trouver de nouveau. Ceci explique que leurs analyses
aient été reprises par des peintres rejetant l'art contemporain mais dans l'unique souci de revenir à un art passéiste.
Inventer en peinture, c'est tracer une voie à part, ne regarder que sa destination, c'est prendre congé des idéologies et des systèmes clos dans lesquelles elles restent
enfermées, c'est prendre le risque de déplaire car ce que qui est affirmé d'inédit risque de déstabiliser les thuriféraires de l'art contemporain et de ringardiser les
artistes passéistes. C'est avancer seul avec pour seul guide l'histoire de la peinture.
Lorsque des revendications picturales ouvrent des pistes inédites et qu'elles ne sont pas le fait que d'un seul artiste, elles peuvent donner naissance à des mouvements. C'est par la
publication de manifestes collectifs que des peintres ont pu infléchir l'histoire de la peinture. Ce que redoutent le plus les institutions artistiques est précisément l'émergence de
nouveaux mouvements qui s'ils venaient à s'imposer redonneraient l'initiative artistique aux peintres novateurs en les délestant d'une partie de leur pouvoir. Les représentants
de l'art officiel pourraient toujours s'en tirer en reconnaissant en temps voulu l'un de ces mouvements devenant un peu trop voyant. Ils y répugnent car ceci
créerait une dynamique et serait un encouragement à sortir des sentiers battus pour les nouvelles générations de peintres.
Á l'opposé d'une légitime reconnaissance de la nouveauté, et ignorant superbement les revendications d'un mouvement, les institutions adressent aux
peintres tentés par une réflexion picturale collective le message qu'il ne peut plus exister de mouvements en peinture que le simple fait de
l'envisager est une démarche du passé. En vertu de quoi sinon d'un diktat malheureusement accepté par les artistes ainsi formés ? Si malgré tout, des peintres voulaient
tenter l'aventure, les contrevenants verraient toutes les portes se refermer et seraient donc condamnés à l'échec ce qui est plutôt dissuasif pour de jeunes artistes. ll ne faut pas
perdre de vue que tous les peintres qui par le passé ont initié des mouvements ont été motivés par l'espoir d'influencer le cours de l'histoire ce qui sous-tendait le désir de
reconnaissance et de célébrité.
Qui n'aspire pas à voir ses travaux reconnus au moins par les initiés ? Décourager les artistes d' innover ou de créer des mouvements par eux-mêmes les contraint à
s'adapter aux besoins des décideurs publics ou privés. Ils deviennent des artisans au service de tendances esthétiques qui leurs sont imposées.
Mais qu'ont-ils fait de la fibre de l'inventeur qui leur souffle peut-être de sortir des sentiers battus ? Qu'ont-ils fait du credo de l'artiste qui veut ajouter sa pierre à
l'édifice des sciences humaines ? En quoi sont-ils encore subversifs ? Comment, hors de cet esprit pionnier peuvent-ils encore être considérés comme des créateurs ? C'est dans ce
contexte difficile et totalement réfractaire à l'avant garde et plus que réticent envers la peinture, que nous avons fondé ( au début 2005) la
figuration supra-naïve qui n'avait rien de naïf sauf pour les gens ne comprenant pas le second degré devenu CONJONCTION en 2007 après une deuxième phase de
revendications.
Près de cinq ans après nos premières revendications, il nous a semblé qu'il était temps de retracer l'histoire de CONJONCTION en reprenant l'explication des différences phases
conceptuelles, en situant le mouvement dans la suite de l'histoire de la peinture et en montrant à travers différentes confrontations et diverses réactions, l'hostilité
rencontrée mais aussi la possibilité pour des esprits curieux ou des gens de bonne volonté de comprendre ce que les institutions préfèrent croire nébuleux, naïf ou inexistant.
Si ce livre donne des précisions inédites sur l'histoire de la peinture, il n'est pas pour autant impartial. Il est conforme à nos engagements artistiques. Nous espérons qu'il éclairera
les personnes qui veulent comprendre de quelle façon la longue histoire de la peinture n'a pas dit son dernier mot et surtout pourquoi il est important que la
peinture continue à ouvrir de nouvelles pistes.
